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Rapport de synthèse : Réponse à l’épidémie de choléra au Sila et au Salamat, Tchad, 2017 (2018)

Auteur / Organisation : Gilbert Monnard/UNICEF

Année : 2018

Pays : Chad


Résumé

Au Tchad, la dernière épidémie de choléra en date a resurgi le 14 août 2017 dans la région du Sila avant de se propager au Salamat voisin (respectivement 436 cas et 52 décès, et 817 cas et 29 décès), avec un dernier cas enregistré au 3 décembre 2017.

Si l’épidémie parait avoir suivi le cours naturel du Bahr Azoum (Soudan-Sila-Salamat) ce sont essentiellement les axes de transports et d’échanges qui ont permis sa propagation. La baisse progressive des eaux, en désenclavant certaines zones, a contribué à ce phénomène. Il est à noter que l’épidémie ne s’est pas diffusée plus au nord du Sila, notamment sur l’axe de communication Kimiti-Adé ; En effet, sur cette voie sont situés les villages appuyés par l’ONG CWW avec un programme WASH durable. La relation potentielle entre ces activités ayant peut-être fait office de bouclier et la non-propagation du choléra sur cet axe devrait être analysée et documentée. Dans la très grande majorité des cas la transmission du vibrio s’est faite par contact interpersonnel.

La progression de la maladie a notamment été favorisée par le faible taux d’accès à l’eau potable, les mauvaises conditions et pratiques d’hygiène, le manque de connaissance des populations et les problématiques socio-culturelles, les faiblesses structurelles et institutionnelles ainsi que la saison des pluies. Ces différents problèmes de fond demeurent. Dans les deux régions les délégations sanitaires respectives ont été appuyées par des organisations locales (CRT, ATPCS, Annassour), nationales (ADES) et internationales (MSF, ACF, CWW, OMS, UNICEF). La prise en charge des patients, les distributions de produits de traitement d’eau et d’hygiène, le traitement de certains points d’eau, la désinfection des foyers ainsi que les sensibilisations massives aux bonnes pratiques ont permis de circonscrire puis de mettre fin à l’épidémie.

Le plan opérationnel de réponse mis sur pied a été financé à 60%. Les ripostes dans les 2 régions sont différenciées notamment par la rapidité d’action et l’engagement de certains acteurs, l’efficacité de leur collaboration et de la coordination. La région du Salamat sortait à peine d’une épidémie d’hépatite E d’une durée de 11 mois. Si l’impact indirect que la réponse à l’hépatite aura eu sur la réponse au choléra est difficile à quantifier, il est fort probable que celui-ci a contribué à limiter l’ampleur de cette dernière flambée.

Ce rapport de synthèse a pour objectifs de :
• fournir une vue d’ensemble de l’épidémie et de sa réponse
• mettre en évidence les forces et les faiblesses principales de cette réponse
                                                                                 • rapporter les principales recommandations formulées lors de la capitalisation.

Il s’appuie sur les rapports de situation, rapports d’enquêtes CAP et PDM, rapports intermédiaires et finaux des différents partenaires et intervenants, ACF, CWW, OMS, MSF-CH, MSF-H, OMS, UNICEF, DSR, des entretiens directs ainsi que la participation de l’auteur sur le terrain au Salamat.

Les principales recommandations sont les suivantes :

1) Renforcer la collaboration transfrontalière avec le Soudan, sur la base de l’expérience transfrontalière acquise avec d’autres pays voisins.
2) Mener un plaidoyer pour un fort engagement des autorités régionales (Gouverneur), pour assurer la participation régulière du Conseil Régional d’action (CRA), la prise de décisions nécessaires pour éviter la propagation de l’épidémie, ainsi que la mise à disposition et l’usage indépendant de moyens logistiques et nécessaires à la réponse.
3) Mettre sur pied une coordination technique WASH régionale en marge du CRA et de la coordination choléra réunissant tous les acteurs du secteur.
4) Renforcer l’adoption de mesures d’hygiène et d’assainissement de base par un travail de fond sur les perceptions et les résistances liées à l’hygiène de base, l’assainissement et le traitement d’eau à domicile, et accentuer la promotion de ces aspects et changements de comportements par marketing social et renforcement de l’engagement communautaire.
5) Renforcer les capacités opérationnelles de riposte des structures de santé dans les zones à risque par intrants de contingence PEC et WASH, production de produit de traitement d’eau et renforcement de la formation des tous les ASC et personnel médical.
6) Mettre en place les stratégies de marketing de l’assainissement : Promouvoir la construction de latrines familiales à travers des approches de motivation et de prise de conscience personnelle telles que l’ATPC.
7) Etablir et formaliser les modalités et responsabilités de prise en charge des corps de décédés.
8) Rendre plus rapides et simples tous les processus et mécanismes internes au sein des principaux acteurs des réponses d’urgence : Agences des Nations Unies, ONG et bailleurs.